Socialisation chiots 2024

Cet article retrace l’aventure complète de ma portée de chiots Saarloos, depuis la gestation jusqu’à leur départ à 3 mois, dans une démarche d’élevage profondément éthologique. Chaque choix, chaque geste, chaque interaction a été pensé pour respecter les besoins instinctifs et le rythme individuel de ces chiots, sans jamais céder aux pratiques standardisées. Voici leur parcours.

Une philosophie éthologique

Ma démarche repose sur une compréhension fine du comportement animal, enrichie par des lectures, mes formations personnelles et l’observation directe. L’élevage éthologique consiste à respecter les besoins naturels et instinctifs du chien. Cela signifie un environnement adapté, une socialisation progressive, et une éducation basée sur la communication canine et non l’imposition humaine.

La gestation : nutrition et préparation ciblée

Que ce soit pour nous même, pour les chevaux ou lapin, je m’intéresse de près à la nutrition, et même à la macro et micro nutrition. 
Rien n’est industriel, et rien n’est laissé au hasard, j’aime beaucoup lire les études, contacter des nouveaux vétérinaires spécialisés, bouger les variantes et voir les changements qu’ils impliquent dans ses tests sanguins… me renseigner éternellement. 
J’ai donc été la nutritionniste de Ayla durant toute sa vie et il était normal au moment de sa gestation de chercher à adapter son alimentation en conséquence. Qu’est ce qu’on apporte, et quand on l’apporte. Il y a même des variantes à baisser (Vit A, dans le foie) à un moment bref de la gestation par exemple.

Les chiots sont nés énormes, et aussi difficiles à sortir pour Ayla. Certains pesaient même presque le double de la moyenne de leur âge, et ils ont conservé cette différence de poids toute leur croissance. A 3 mois ils faisaient 13kg pour les femelles et 15kg pour les mâles. A l’heure où j’écris, ses fils de 7 mois pèsent 38kg et ses filles ont le même poids que leur mère.


La mise bas : dans l’obscurité, comme dans la nature

Fidèle aux observations scientifiques de Carol Beuchat sur l’influence de la lumière sur la production d’ocytocine (une hormone qui joue un rôle majeure dans la qualité des contractions) , et à la logique éthologique (parce que les chiens et loups veulent mettre bas dans le noir quand on leur laisse le choix) , la mise bas s’est déroulée dans une chambre, dans un espace fermé appartenant exclusivement à la chienne. Elle cherchait absolument à se mettre dans le sombre. Et même quand je lui proposais de marcher pour stimuler, elle cherchait à se cacher sous les buissons, sous le lit, et tant qu’elle n’était pas dans cette pièce noire elle restait très agitée. A partir du moment où elle y était, elle s’est posée, comme si elle attendait. 

Malgré cela, la mise bas fut longue : les premières contractions ont duré toute la journée. Le premier chiot est né à 1h du matin le 10 décembre 2024, le dernier à 16h, grâce à un massage spécifique, la petite dernière était coincée. 

La taille importante des chiots a probablement contribué à ces complications.

J’ai observé la totalité de la mise bas via une caméra à vision nocturne. Elle, plongée dans le noir le plus total, y voyait parfaitement bien !


Les 12 premiers jours : noir total, chaleur naturelle, respect du vivant

Durant leurs 12 premiers jours de vie, les chiots sont restés dans leur pièce plongée dans le noir, une véritable tanière. Aucune source de chaleur artificielle n’était présente : la maison était chauffée à 19 °C, et seule la mère assurait leur maintien thermique. Cela peut sembler radical dans un monde d’élevage où la lampe chauffante est reine, mais cela me paraît bien plus cohérent avec leur physiologie. La lumière infrarouge en continu, alors que leurs yeux sont encore fermés et si sensibles à la lumière, me semble illogique, voire néfaste. Pas de lampe, pas de tapis chauffant, seulement un sol bien isolé.

Respecter ces moments ou la mère se blottit contre ses chiots pour les maintenir chauds sont les prémices des tout premiers liens sociaux, de la mère à ses chiots ainsi que des chiots entre eux. Car une mère qui a chaud restera peu avec eux. Et des chiots qui ont chaud ne chercheront pas le contact mutuel. Cela a un impact sur les liens sociaux à construire. 

Ayla n’est pas sortie pendant 3 jours. Je lui ai seulement apporté de l’eau, mais elle ne souhaitait pas ma proximité pendant cette période. Alors je surveillais à la camera et je restais disponible pour elle si besoin. Mais elle n’avait pas besoin de moi, elle était plongée dans cette trans hormonale et fusionelle avec ses petits. Elle passait son temps à les ranger, les caler sous elle, sous son encolure. 

L’absence de chaleur ajoutée leur a fait développer une fourrure épaisse et dense en 2 jours. Gras, vifs, puissants, pelucheux. Leur corps est fait pour s’adapter, leur biologie est prête à affronter cette phase. J’ai choisi sans regrets de faire confiance, avec une mère dévouée et concentrée. 

Vers 5 jours Ayla m’a permis de rencontrer ses petits. Son appétit est revenu et elle me demandait de sortir faire ses besoins de manière plus naturelle. Et à partir de la j’ai passé chaque instant allongée dans la caisse de mise bas. Je prends mon rôle de nounou et j’apporte chaleur aux chiots qui viennent rapidement se blottir aussi partout sur moi. (on ne dirait pas mais on est tellement dans le sombre que j’avais du mal à distinguer les couleurs des colliers). 


TRACTION MATS : LES FONDATIONS DU CORPS

Pendant un mois, les chiots ont évolué sur des tapis de traction sur mesure à la taille et âge du petit saarloos, afin de favoriser un développement moteur optimal. Dès leurs premiers jours, j’ai observé des différences frappantes :

  • Sans tapis : les chiots glissent, pleurent, restent coincés, n’arrivent pas à se déplacer correctement, tètent avec les jambes en crapaud. 
  • Avec tapis : ils rampaient efficacement, trouvaient leur mère, tètent avec vigueur et avec les jambes dans le bon axe des hanches ce qui leur donnait plus de propulsion. 

Un chiot se fatigue vite à téter, donc plus il est efficace au moment de le faire et plus il prend de quantité de lait avant d’être trop fatigué pour continuer et s’endormir.
Lui permettre une propulsion efficace et plus naturelle (comme ils pourraient avoir sur de la terre et non pas nos sols glissants d’humains ; ni les vetbeds dans lesquels leurs pieds s’enfoncent) influence donc aussi la quantité de lait que le petit prend à chaque tétée. 


L’héritabilité de la dysplasie des hanches nous indique que 70 à 80% de la variation des résultats de dysplasie au sein d’une population de chiens testés peut être imputé à l’environnement.

Je remercie chaleureusement David Levy (https://khalibisnya.com) pour le partage de connaissances, notamment sur le protocole particulier de la mise bas dans le noir, pour cette expérience de traction mats et pour le prêt de son matériel. Et pour tout le reste de son soutien. 


Une expérience olfactive inspirée des observations de Shaun Ellis

Shaun Ellis, ethologue

Entre le 7e et le 14e jour de vie, j’ai mené une expérience inspirée de l’éthologue du loup Shaun Ellis. Chaque jour, j’ai frotté des t-shirts portés pendant 12 heures par huit personnes différentes (certaines proches de Ayla, d’autres totalement inconnues) sur le flanc, l’encolure et les mamelles de la chienne. L’odeur de ces humains est apportée aux chiots par l’intermédiaire de leur mère. 
Cela imite ce que fait une louve quand elle revient d’interactions avec sa meute : elle ramène les odeurs aux petits alors qu’il est encore trop tôt pour eux de les rencontrer. Et elle les prépare ; il est observé qu’une mère se frotte spontanément à sa famille avant de retourner à ses petits. 

Mes chiots ouvrent les yeux à 12 jours et commencent à s’intéresser à la lumière, l’école de la vie commence:

À 14 jours, j’ai emmené les chiots dans notre maison secondaire, pour rencontrer ces fameuses huit personnes. Le but de l’expérience était d’observer si ce que j’avais fait pouvait avoir une influence sur leur comportement. Je cherchais donc à ne rien influencer. Les huit personnes étaient en tailleur au sol, et les chiots posés au centre. Et tous, sans exception se sont dirigés plutôt vers les humains dont les odeurs avaient été apportées auparavant. 

Leur comportement durant ce weekend était flagrant pour une passionnée de comportement comme moi. Les chiots se montraient plus alertes et agités au contact d’un inconnu en comparaison avec le contact d’une personne dont l’odeur avait été rapportée auparavant. Même si cette même personne n’a pas la confiance de leur mère (donc pas d’influence par le comportement observé sur maman) et inversement. 

Quelle conclusion pouvons nous en tirer ? Que les odeurs apportées par leur mère avant l’ouverture des yeux dans la tanière ont un impact profond sur les chiots.


La socialisation humaine: les bons gestes, au bon moment, dans les bonnes conditions.

Dès 14 jours :

Visites quotidiennes d’inconnus, avec des consignes précises : pour qu’une association positive se fasse, les humains ont toujours eu pour consigne de ne pas s’imposer : il doit se proposer, avec humilité et politesse. C’est-à-dire que l’humain inconnu se rend disponible : par sa proximité et attitude, une attitude basse (mais pas par-dessus), calme et accueillante (le baby talk par exemple) et le dernier mètre parcouru doit toujours être effectué par le chiot. D’abord on laisse le chiot faire sa prise d’odeur et d’observation, on le laisse sentir le visage, la bouche et on range ses mains dans ses poches ! Le premier contact est olfactif. Les chiots ont développé petit à petit une demande spontanée de contact, de « greeting » , et à leur demande l’humain entame un contact tactile, mais pas n’importe comment : le ventre, les côtés, le dos aussi selon comment c’est fait. Jamais le dessus de la tête, jamais porté ou soulevés du sol par un inconnu. Moi, je restais très attentive à ce que le chiot exprimait, et je m’attelais à ce qu’il ne ressente aucun malaise donc aucun signe de repousse, d’écart, bâillement ou léchage de truffe. Ils communiquent déjà beaucoup et je veux que le chiot aille toujours dormir sur une interaction qu’il se souviendra de : agréable, respectueuse, consentie. 

Toucher sur la tête est un geste irrespectueux pour tout chien, il y a les plus tolérants et les moins tolérants, et pour le chien loup c’est très important. Le chiot n’exprimera pas forcément un malaise, surtout à un âge très jeune… mais les associations se font, il se souviendra de cette habitude. Si, toute sa vie, les humains ont été polis, respectueux, il n’a aucune raison de les surveiller. Mais si dès bébé, il est tripoté sans consentement, l’association s’imprime : “l’humain est envahissant, je dois garder mes distances.” Et c’est comme ça qu’on renforce les comportements d’évitement, de méfiance. Alors qu’on pourrait, au contraire, bâtir une relation faite de confiance, dès les premières semaines.

Le biberon : la conclusion du protocole  

Donné par des inconnus, le biberon n’est pas un jeux. C’est une stratégie, pensée, mesurée. La succion de lait amène une libération d’endorphine, génère un sentiment maternel de sécurité, de normalité, de familiarité. L’interaction est longue, calme et non envahissante. L’humain inconnu obtient ainsi un grand intérêt, et le chiot devenait vite demandeur de câlins, mais pas toujours, et pas tous au même rythme. C’est un outil pour satisfaire le besoin d’interaction de l’humain, et donc lui permettre de respecter mes consignes. Car les humains que j’utilisais pouvaient être n’importe quel inconnu du café ou de la rue. Et quand ces personnes me demandent d’interagir j’ai vite remarqué quelle difficulté c’était pour eux d’attendre ce laps de temps pour toucher les chiots, voir ne pas les toucher du tout. Les gens ne connaissent pas et sont très pressés de satisfaire leur envie de toucher des chiots. Avec un biberon dans les mains tout est devenu facile. Si les gens montraient de l’intérêt pour eux à mon passage, j’explique comment je veux que ça se passe. C’est le chiot qui mène le rythme de l’interaction, aucun contact invasif ou non consenti. 

Avec tous ces éléments mit ensemble, les chiots étaient attirés par tout humain de leur champ de vision, peu importe le contexte. Qu’on soit au restaurant, dans les couloirs de briconautes ou sur une terrasse avec route passante. 

Je précise d’avance que mon objectif n’est pas et n’a jamais été de maintenir un tel niveau de socialité sur le terme de toute leur vie; mon objectif a toujours simplement été qu’ils tirent un enseignement positif de chaque expérience extérieur. Peu importe l’évolution future d’un chien qui muri forcément. Ce qu’ils tirent la comme enseignement, les renforcent pour l’avenir, pour les doutes futures, ça les rend plus équilibrés, plus malléables, ils se remettent plus rapidement de leurs émotions et progressent plus vite. Ce qui leur donne un potentiel énorme sur toute une vie si déjà à 3 mois ils ont le niveau social atteint par des saarloos qui eux ont mit 7 ans à atteindre.

Le biberon utilisé bêtement et passivement n’apporterait pas les mêmes résultats, c’est toute la gestion autour de ce moment, c’est comment il est utilisé qui le rend si utile. Additionné aux instructions que les gens reçoivent, le biberon devient la conclusion de cette façon de socialiser. Il ne va pas sans l’accompagnement autour et l’attention portée à la qualité de l’interaction. 

La socialisation de l’environnement : rendre le chiot adaptable

La socialisation des humains est une chose. Maintenant nous voulons aussi rendre nos chiots confiants dans un monde varié. Nous voulons que le chien soit adaptable, habitué à la nouveauté. 

Règle d’OR : la socialisation se passe en dehors de leur lieu de vie quotidien. 
Il faut SORTIR et INNOVER. Si les chiots ne sortent pas de ce contexte-là, ils seront sociables dans ce contexte la et pas dans un autre. C’est pour ça que dans un élevage ou les chiots ne quittent pas leur jardin, ils sont sociables sur le moment puis au moment d’arriver dans leur nouvelle famille, deviennent inquiets de tout: C’est la nouveauté qu’ils doivent se prendre en pleine face et dont ils ne sont pas habitués. 

La portée est donc sortie de notre maison 1 jour sur 2. Et dans des lieux variés, choisis en fonction de ce que je les pensais capable d’encaisser sur le moment. Le but étant de ne jamais les mettre en difficulté, j’ai toujours cherché leur zone de confort, qui si elle est respectée, augmente avec le cumul d’expériences. 
Avant leur vaccin parvovirose, je les ai emmenés seulement en visites de maisons et appartements de gens de mon entourage, à qui je demandais de désinfecter le sol avant notre arrivée. Ils ont enchainé les visites, toujours accompagnés de leur mère, et dès que possible d’autres chiens que je connaissais et dont j’avais confiance. 

Après leur vaccin, le rythme continu mais cette fois, ils marchent, et visitent des rues, des magasins, des restaurants, des librairies, des marchés, des ports, des parcs… 


Et toujours, j’ai veillé à leur bien être émotionnel. Une quête constante de ce qu’ils ressentent, un contrôle permanent de l’environnement et de la leçon qu’ils vont retenir de chaque seconde de l’expérience. Si je sens que ça va être trop et qu’ils vont perdre « la bonne ambiance », c’est que j’en demande trop, que le contexte n’est plus adapté et je m’adapte instantanément. Donc les chiots n’ont jamais été placés en situation de peur ou de malaise. Les chiots feront des associations positives si leurs expériences sont positives. La vie c’est trop cool ! 

Respect des individualités

Chaque chiot a été observé et respecté. Je connaissais leur tempérament par cœur. La femelle au collier rouge, plus réservée dès l’ouverture des yeux, n’a jamais été poussée en avant, au contraire. Elle était plus inhibée à l’extérieur, moins avenante et plus statique. Alors j’ai cherché à la sécuriser le plus possible, à renforcer les petits progrès (par exemple dès qu’elle montrait un peu d’intérêt envers les inconnus je précisais de lui donner à elle), à la mettre en contact avec des personnes dont l’énergie très basse correspondait bien et l’aidait à s’ouvrir. J’étais la seule à la manipuler au début de la socia, avec douceur car elle réagissait plus fort aux bruits, mouvements brusques et aux hommes (les femmes ça allait bien). En fait, elle n’a jamais arrêté de progresser. Une auto-route vers la réussite, au début je lâchais toujours Orion (noir) et Vaï (turquoise) en premier sur les humains car c’était les plus spontanés, je laissais Lupa (rouge) observer depuis une safe zone (la poussette ou sur mes genoux), et c’était à elle d’entamer le changement, que je renforçais en cherchant les situations adéquates pour l’aider. 
On lui a tellement montré qu’on la respecterait toujours qu’elle s’est sécurisée. Elle s’est de plus en plus fondue avec ses frères et sœurs dans le mouvement de groupe mais toujours avec un temps d’hésitation et d’observation supplémentaire. Aujourd’hui, cette petite est un vrai labrador, elle se balade libre en centre-ville, dit bonjour à qui veut bien, passe en cuisine et derrière le bar saluer les gens. Elle est dans le « happy attitude » quel que soit la situation. Et les gens peuvent la toucher sur la tête, pour elle maintenant c’est un non évènement.

Lupa (rouge) 8 mois

La tendance “classique” dans l’élevage, c’est de vouloir sur-socialiser le chiot timide. On en fait un projet, il devient le centre d’attention… et on empire les choses. Un chiot sensible doit être préservé. On lui laisse plus de temps, plus d’espace. On l’observe. On ajuste l’environnement. Et surtout, on attend que l’envie vienne de lui

Un sevrage à 3 mois, pourquoi ? 

Le cerveau du chiot évolue par phases, et les connections neurologiques se font au fur et à mesure. La phase critique de socialisation, période d’imprégnation est ouverte de 3 semaines à 12-14 semaines. 

Le début des émotions fortes et de peurs arrivent entre 7 et 10 semaines, c’est la ou il y a des remises en question, et ou les expériences négatives peuvent avoir un impact à plus long terme.

J’ai pu observer ce phénomène sur cette portée, là ou tous mes chiots étaient dans un monde de bisounours et je les emmenais quotidiennement partout. A cette période-là, ils y sont tous passé ; chacun à leur manière ils ont eu des doutes. 
Orion (noir) a pleuré sans cesse pendant les sorties pendant environ une semaine ; Lupa (rouge) s’est ralentie énormément dans sa progression. Et Louhos (bleu) a tout remit en question. 4 chiots sur 5 sont sortis en quelques jours de cette phase de stress ; Louhos (bleu) a eu besoin de semaines. 


Donc selon moi, on peut prendre un chiot à 2 mois si l’éleveur ne fait aucune socialisation pour s’en occuper soi-même, ou bien à 3 mois s’il y est dévoué. Le prendre entre les deux, donc 2,5 mois, est éthologiquement la période la plus difficile pour le chiot de changer de repères. Et le moment le plus difficile pour l’adoptant de faire connaissance avec ce chiot qui se prend toute une nouvelle vague d’émotions nouvelles dans sa tête. 


Un éleveur qui s’occupe lui-même correctement de la socialisation est plus impactante, déjà car elle commence plus tôt, et que le chiot est dans l’ambiance de sa fratrie et que la meute fait la force. Ils avancent en groupe, s’observent, se challenge, s’imitent. Ils vont bien plus vite et bien plus loin à plusieurs. Les chiots sevrés à au moins 12 semaines développent de meilleures compétences sociales.

Une portée élevée pleinement dans la maison 

Ces chiots ont tous été élevés comme s’ils étaient mes propres chiens de famille. 
Les chiots ont grandi en totale liberté dans la maison et le jardin durant tous leurs temps d’éveil, ce qui leur a permis d’apprendre très tôt à vivre en intérieur et à en respecter les règles. Ici, pas de faux-semblants d’« élevage familial » où les chiots restent confinés dans un parc stérile sans véritable contact avec le quotidien d’une maison. Ils ont été habitués dès le plus jeune âge à cohabiter avec mes lapins en liberté (oui, cinq chiots de trois mois qui respectaient les lapins !), à ne pas voler, à patienter calmement avant les repas. Et bien sûr pour compenser l’intensité de leur socialisation il y avait des jours où nous restions entre nous pour de simples balades dans la nature, très importantes pour conserver un équilibre et laisser les chiots intégrer pleinement les expériences vécus. Ils avaient tous un rappel nickel ce qui a aussi été travaillé très tôt.

Bon… j’avoue, sur la propreté, ce n’était pas encore tout à fait ça ! Mais je suis sur que c’est aussi possible.

Le but étant que les bases étaient posées. Que mes adoptants n’ont pas eu une page blanche , voir une page avec du retard. Car immédiatement après l’ouverture des yeux les chiots sont capables d’assimiler des choses. Et l’élevage a tendance à ne pas s’en préoccuper « c’est le rôle de leur future famille » alors que nous pouvons déjà faire un énorme travail d’éducation. C’est sur, ça demande plus de travail, plus de charge mentale pour l’éleveur. Et quand on cumul les portées toute l’année, et que en plus ce n’est pas la seule activité professionnelle , c’est plus difficile d’y investir ce temps et cette énergie.

Ont continué l’apprentissage des auto-contrôle de prédation dans leur nouvelle famille :
– Vaï (turquoise) avec lapin libre et chat
– Orion (noir) avec chats 
– Nahao (rose) et Louhos (bleu) , qui ont été adopté ensembles, avec un chat également. 

La socialisation ou apprentissage de l’auto-contrôle sur les proies est le cumul d’exercices fréquents et spécifiques. Une socialisation passive (donc simplement poser les chiots avec une proie et ne pas gérer l’interaction) mènera forcément à une boucherie. Je déconseille quiconque de non pleinement renseigné et très motivé à essayer cette cohabitation qui peut se résulter dangereuse.

Des chiots préparés pour la suite

Avant leur départ à 3 mois, les chiots avaient :

  • Visité plus de 50 lieux différents, dont plusieurs maisons, appartements, extérieurs urbains et ruraux.
  • Rencontré plus de 100 humains dans des conditions maîtrisées, respectueuses de leur communication.
  • Intégré une routine de maison.
  • Compris la cohabitation avec des lapins au quotidien, appris les débuts des auto contrôles de prédation, puis des chats et chevaux.
  • Socialisé avec une 10aine de chiens connus de races différentes. Pour le coup je n’ai jamais permis de rencontre canine hasardeuse.

Détail qui tue : Les chiots ont fait de la route de montagne tous les deux jours, entre 10min et 3h à la fois. La nausée en voiture est arrivée quand même ! Tardivement pour 4 sur 5 (peu avant 3 mois). Et seulement 1 chiot ne l’a jamais été et ne l’est toujours pas. Y’a des choses qu’on ne change pas !

Lien réel au cas où la vidéo ci dessous ne charge pas

Conclusion : un élevage éthologique, exigeant et évident

Élever ainsi, ce n’est pas simple et pas pour tout le monde. Cela demande du temps, de la précision, une capacité d’observation et d’adaptation constante. Mais les résultats parlent d’eux-mêmes : des chiens-loups équilibrés, curieux du monde, à l’aise avec les humains et son très adaptables aux situations variées.

Lupa (rouge) 3,5 mois , arrivée dans sa nouvelle famille

Aucun ne fait de l’angoisse de séparation, de destruction liée au stress , de fugues (souvent liée à de l’ennui ou insécurité).

L’élevage éthologique n’est pas un effet de mode. C’est un engagement. Celui d’écouter le vivant, vraiment. De prendre le temps, de se dévouer pleinement, jour et nuit. Que chaque moment du quotidien est une opportunité de les travailler, mais pas que, il faut aussi se creuser, chercher quoi faire de plus, quoi faire de mieux. 

Cette approche correspond profondément à mes valeurs et à ma vision du chien-loup de Saarloos. J’ai longuement observé que les pratiques déjà bien ancrées dans l’élevage traditionnel ne fonctionnent pas pour cette race si particulière : trop de Saarloos sont mal dans leur peau, anxieux, en difficulté, en échec relationnel, si loin de leur potentiel. Alors est-ce une question d’ADN uniquement ? Ou bien ont-ils simplement besoin d’une approche qui leur soit propre, plus inspirée du sauvage ? N’auraient-ils pas simplement mérité qu’on travaille plus ? 

Après tout, nous avons affaire à des chiens-loups, ni chiens, ni loups. Un entre-deux, qui mérite qu’on invente un protocole sur mesure. Les élever comme des chiens standards est pour moi une erreur. Ils ont besoin d’une méthode différente, spécialisée, fine, proche de celle qu’on applique aux loups socialisés : plus de respect de leurs instincts, plus d’adaptabilité de notre part, moins d’attentes, plus de patience, plus de compétences et surtout, surtout… des éleveurs motivés, disponibles, présents, prêts à bouger, à sortir de leur zone de confort, organiser, construire des expériences, être pleinement acteurs de leur ouverture au monde, sans jamais s’imposer. 

Et si déjà un éleveur « classique » est vidé d’énergie par une portée, je peux vous dire qu’avec l’investissement total que je mets dans la socialisation, j’ai pris dix ans. C’est un travail titanesque, qui demande un engagement constant, une énergie colossale, et une vraie envie de FAIRE. Je suis passionnée, et je veux le rester. C’est pour cela que mes activités d’élevage resteront très limitées. Chaque portée sera pensée comme un projet unique, avec un temps d’une année dédiée, un planning totalement centré sur eux. Comme dans une meute, je deviens leur nourrice, une présence constante, h24, pleinement investie dans leur quotidien ; avec une équipe qui se construit bien en avance : mes adoptants.

Mes adoptants…  J’ai pris le temps de connaître vraiment, chacun d’entre eux, de créer un lien, une vraie relation. Ensemble, nous avons formé une équipe : une équipe vivante, passionnée, viscéralement impliquée dans ce projet un peu fou, qui a cru en moi, en Ayla, en cette portée, et qui m’a soutenue à chaque étape. Ce ne sont pas des acheteurs, pas des clients, ce sont mes partenaires. Une équipe que j’ai construite avec soin, avec exigence, en sélectionnant des personnes prêtes à s’engager pleinement, à se rendre disponibles, à participer activement à l’aventure. Des personnes qui avaient vraiment compris, prêtes à tout donner, pour leur chiot, pour la maman, pour moi. Sans eux, rien de tout cela n’aurait été possible.

Aujourd’hui, je ne prétends pas avoir trouvé de recette miracle. Ce que je fais, c’est chercher, observer, m’auto juger et m’adapter. C’est ma manière d’explorer de nouvelles pistes, de tenter des méthodes différentes, de ne pas me contenter de ce qui « se fait par habitude ». Je ne peux pas encore vous dire exactement comment seront mes chiots à 1 an, 3 ans, 10 ans… Mais à 8 mois, ils sont tellement prometteurs, tellement tranquilles et apprennent très vite. Pleins d’assurance, de curiosité, d’équilibre et une vrai adaptabilité à la nouveauté. Zéro ou peu de réserve selon l’individu et la vie qu’il a eu après moi. 

Ils sont laissés seuls en liberté dans la maison sans destruction, sans anxiété, ils sont sortis libres, ils vivent déjà avec des lapins et des chats en liberté. Et je vous invite à les découvrir, à suivre leur évolution, à discuter avec leurs familles et à lire leurs témoignages.

Lien vers témoignage Coralie avec Vaï (turquoise)

Lien vers témoignage Florian avec Lupa (rouge)

Lien vers témoignage Seb avec Nahao (rose) et Louhos (bleu)

Lien vers témoignage Marie avec Orion (noir)

L’épi génétique, la suite logique

L’épigénétique constitue une sous-couche biologique commune à tous les apprentissages basés sur l’acquisition (stabilisation de la mémoire, plasticité cérébrale, adaptations métaboliques). Elle permet aux cellules de coder l’expérience vécue par des modifications de l’expression des gènes sans altérer la séquence d’ADN, contrairement aux mutations génétiques.

En gros, c’est la transmission à la descendance d’un apprentissage pendant la vie des parents.

Et je pense que l’avenir pourrait aussi être là pour nos chiens loups. Si on faisait reproduire, encore et encore à chaque génération, des chiens qui ont pu vivre cette vie là, alors le soucis d’anxiété excessive si souvent reproché au saarloos pourrait disparaître. Ou en tout cas, tellement diminuer qu’elle ne serait plus considéré néfaste pour le chien.

Si vous êtes éleveur et que vous lisez ces lignes, que vous vous retrouvez dans ces idées, que vous voulez en discuter, raisonner, vous inspirer , contactez-moi ! Nous ne sommes pas en compétition et je suis pour le « évoluons ensemble » pour nos chiens. 

Et si vous vous inspirez de mes méthodes, merci de mentionner ma source sur votre site.

Si vous souhaitez visionner plus de vidéos de leur socialisation, vous pouvez regardez les story à la une de mon compte Instagram « chiots 2024 » et « chiots 2024 suite »:

Chiots 2024

Chiots 2024 suite

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